Beaucoup de dirigeants de PME que je rencontre passent une part importante de leurs journées dans les opérations : à arbitrer une priorité de production, à relancer un fournisseur, à trancher un litige de livraison. C'est compréhensible — c'est souvent là qu'ils ont commencé, et c'est là que « ça chauffe ». Mais c'est aussi, très souvent, une erreur de positionnement.
La place du dirigeant est ailleurs
Le rôle d'un chef d'entreprise, c'est la stratégie : où va l'entreprise, sur quels marchés, avec quels produits et quels services. C'est l'innovation, la vision, la lecture du marché et de la concurrence. C'est là que sa valeur est la plus haute, et c'est un travail que personne d'autre ne peut faire à sa place.
Les opérations, c'est autre chose. Un dirigeant n'est pas toujours compétent dans ce domaine — et ce n'est pas un reproche : ce n'est simplement pas son métier. Quand il quitte la stratégie pour venir piloter le quotidien, il fait moins bien que ce qu'un spécialiste ferait, et il délaisse ce que lui seul peut faire.
Les opérations sont une affaire de spécialistes
On croit souvent que bien gérer ses opérations relève du bon sens. C'est faux. C'est un métier transversal, avec des compétences bien spécifiques qui dépassent largement le bon sens : planifier une production, dimensionner des stocks, structurer des flux, faire dialoguer la production, les achats, la logistique et le service client. Ces sujets ne s'improvisent pas.
Prenons un exemple concret : automatiser les flux d'information. Un dirigeant n'y pense presque jamais spontanément — ce n'est pas son réflexe, ni son terrain. C'est un projet bien précis, avec un investissement à la clé, et il ne se lance quasiment jamais sans un directeur des opérations pour le porter. Résultat : sans ce rôle, l'entreprise continue de fonctionner à la main, avec les erreurs et les lenteurs que cela implique — non par mauvaise volonté, mais parce que personne, à ce poste, n'était là pour le décider.
Chacun à sa place, chacun sur sa valeur
Le dirigeant
Là où lui seul crée de la valeur- Stratégie & vision de l'entreprise
- Innovation : produits & services
- Marchés & concurrence
- Le cap : où va l'entreprise
Le directeur des opérations
Le métier, transversal et spécifique- Décliner le business plan sur le terrain
- Structurer les flux & les process
- Piloter la performance au quotidien
- Porter les projets structurants (ERP, automatisation…)
Vouloir s'en mêler perturbe plus que ça n'aide
Il y a un piège que je vois régulièrement. Le dirigeant, parce qu'il est le patron, veut s'impliquer dans les opérations. Et dans ce cadre, il perturbe souvent davantage qu'il n'améliore. Ses collaborateurs appliquent des règles venues d'en haut, parfois contre-productives, qu'ils n'osent pas remettre en question. On se retrouve avec une organisation qui exécute des consignes de bon sens apparent, mais qui vont à l'encontre d'une logique de flux que seul un spécialiste aurait vue.
Ce n'est pas que le dirigeant a tort sur le fond. C'est que, sur ce terrain-là, son autorité fige les choses au lieu de les faire progresser.
Ce que change un directeur des opérations
Un bon directeur des opérations fait le pont entre les deux mondes : il décline le business plan du dirigeant en actions concrètes sur le terrain, il arbitre les tensions entre services, il porte les projets structurants — automatisation des flux, ERP, réorganisation logistique — que le quotidien ne permet jamais de mener. Il rend au dirigeant le temps et l'espace mental pour faire son vrai métier : la stratégie.
Reste la question du coût. Dans une PME, un directeur des opérations expérimenté en CDI représente un investissement lourd, pas toujours justifiable à temps plein. C'est précisément pour cela que le format à temps partagé existe : la même compétence de direction, sur le rythme dont vous avez réellement besoin. (→ voir Direction des opérations externalisée.)
Ce que je vois en mission
Les entreprises qui franchissent un cap sont presque toujours celles où le dirigeant a accepté de sortir des opérations pour les confier à quelqu'un dont c'est le métier. Non pas pour s'en désintéresser, mais pour arrêter de les subir. Le jour où le patron cesse d'être le meilleur pompier de son atelier, il redevient ce qu'il doit être : le stratège de son entreprise.
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Jean-Baptiste Fleck, Fondateur Aravis Performance, Consultant & Auditeur Supply Chain
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